Premier de la (lutte de) classe

Itinéraire d’un enfant indigné

On ne naît pas indigné on le devient

Nous publions aujourd’hui le témoignage d’une sortie de route. La scolarité était pourtant parfaite, de Sciences Po à HEC, un parcours au sein d’une jeunesse dorée et sans problème qui devait le conduire naturellement au macronisme bourgeois. Et pourtant, plus tard, les idéologies politiques qui n’étaient jusqu’alors que des concepts abstraits et désincarnés, se sont présentées sous un jour nouveau… Certains d’entre nous ont suivi une trajectoire similaire, et nous ne sommes certainement par les seuls à qui ce témoignage parlera.

L’enfance de la politique, allô maman bobo

Le premier contact avec la politique, c’est la figure de Mitterrand qui s’affiche sur l’écran. Ma mère passe l’aspirateur dans le salon. Elle jette un œil au résultat et sourit. Je lui demande si c’est bien. Elle me dit que oui, qu’on est socialistes, comme ses parents. Je suis heureux pour elle, et je décide d’être socialiste à mon tour. En vérifiant les dates, j’avais 4 ans. Est-ce un souvenir reconstruit après coup ? Possible. Ce qui est sûr, c’est que la tradition électorale venait de faire un nouvel adepte, la famille s’agrandissait d’un socialiste automatique. De temps à autre, au hasard des soirées électorales, on m’expliquait que la gauche ça aidait les pauvres. Je ne connaissais pas d’autres pauvres que le clochard du bout de la rue, et je ne voyais pas bien comment les socialistes l’aidaient, mais j’avais confiance en la parole maternelle. Elle soignait mes bobos ; elle devait aussi soigner ceux des autres. La sociologie politique ne me le contestera pas, le désir mimétique est toujours le premier déterminant du vote. La suite me le confirmera.

Ça aurait pu en rester là. La probabilité eût même été de voir la courbe de mes engagements virer sur la droite, suivant le sillon confortable d’un milieu social qui gagne presque à tous les coups au jeu du capital. Dans cette petite-bourgeoisie de province, protégée et éduquée, être socialiste c’est déjà être différent, raisonnablement rebelle. Au mieux, j’aurais dû voter Bayrou en fin de parcours (et je l’ai fait). Et pourtant, plutôt que de conserver les choses en ordre, j’ai émergé, d’un coup d’un seul, là où personne ne m’attendait, pas même moi, du côté de la gauche radicale. Il m’a fallu trente ans pour devenir gauchiste du jour au lendemain. Que s’est-il passé pour tomber si bas ?

Prépa, les occasions manquées

Passons sur les années Lycée dans une école privée où les discussions politiques passent largement derrière le tamagotchi, le 3310 et les derniers modèles de Caterpillar et autres bombers Schott. Elles ne passent pas derrière, elles trépassent derrière. Mais cette indifférence généralisée à la politique n’est pas anecdotique. Elle devait me poursuivre longtemps. Elle est une indifférence de classe. Ou plutôt de premier de la classe.

J’arrive donc en prépa littéraire (B/L) avec pour seul bagage idéologique quelques sketchs des guignols, génération Gaccio. C’est drôle mais c’est léger. Intellectuellement, ce furent les trois années les plus denses de ma vie. De la littérature, de la philosophie, et surtout des sciences sociales. Ça bouillonne littéralement et pourtant, là encore, la question politique est évacuée. On passe dans une frénésie de savoir de Marx à Hayek, de Bourdieu à Rawls, de Keynes à Friedman, sans jamais reprendre sa respiration. Sans jamais s’arrêter sérieusement sur les implications de ces discours théoriques. Pas le temps. On travaille sur fiche plutôt que dans les textes. Les concours accourent. Et une dissertation, pour être lisible, doit être balancée, nuancée, éthérée. Paradoxalement, le plan dialectique (thèse/antithèse/synthèse) efface les antinomies pratiques qui auraient dû nous questionner. En prépa on ne se questionne pas. On avale.

Parmi mes “camarades” de classe, j’aurais pourtant pu trouver des camarades de lutte, ou du moins de réflexion (j’étais encore loin de la lutte). Au lieu de quoi, je passe – avec une indifférence courtoise, dans la naïveté de l’a-politique content de lui – devant des chevelus à bedeaux, des bakounines de radiateur, des révolutionnaires de fond de salle. Moi qui n’ai jamais fumé une cigarette, le « bien élevé » et le « bien coiffé », je suis un peu effrayé par ces chiens sauvages qui font plus que leur âge, et boivent plus que de raison. Même en prépa littéraire, ce sont des êtres à part, entre le barbare et le poète, fantômes avinés qui ne lisent pas les livres au programme et qui pensent trop pour suivre la cadence. Et puis comme toute tribu, ils ne sont pas facilement abordables. D’autant que dans l’ivresse des concours, le temps extra-scolaire est limité. Ils n’ont pas vraiment le droit à la révolte et je ne suis pas armé pour prendre la parole face à eux.

C’est donc des années de formation de l’esprit sans attache avec le réel. Il y a de la naïveté dans la scolarité. Une mise à distance du réel nécessaire mais, rétrospectivement, perturbante. Sans doute me reste-t-il de cette époque une aisance avec les théories économiques, un brin de philo et surtout quelques éclats de Bourdieu. J’y ai croisé aussi des élèves brillants, de futurs normaliens, enseignants, chercheurs, de futurs chômeurs aussi, non moins talentueux. Des rencontres et des bases théoriques qui seront nécessaires à l’éclatement à venir.

Sciences Po, sans Po

J’arrive donc à Sciences Po vierge de convictions, centriste comme jamais. Avoir défilé contre Le Pen en 2002 est à ce jour ma plus grande participation à la vie citoyenne. Et ça ne va pas s’arranger.

Sciences Politiques aurait dû être le tournant. Mais non. L’école de tous nos hommes d’Etat depuis 50 ans ne ressemble pas à sa réputation. Sciences Po c’est 6 000 étudiants qui se croisent à toute vitesse dans le quartier le plus cher et le plus chic de Paris (donc de France). C’est 12 masters hétéroclites, du marketing à la finance en passant par le journalisme. Sciences Po n’a pas de campus, pas d’esprit de corps, pas d’exigence intellectuelle. Elle a les défauts conjugués de la Grande Ecole et de la fac : impersonnelle comme une fac, inutile comme une école. C’est l’université la plus select de France. Une fois dedans il n’y a qu’à se laisser bercer. Et c’est ce qu’on fait. Ce que j’ai fait. Au BDE pour ne louper aucune soirée. A Saint-Germain, pour profiter pleinement de l’ascension sociale et géographique. J’ai passé du bon temps, bien au chaud.

A Sciences Po, comme je crois partout chez les classes dirigeantes, la politique est accessoire. Même les futurs énarques (surtout eux ?) se préservent des débats d’idées. Ce serait trop montrer, trop engager de soi-même, se découvrir. On reste superficiel, académique, au mieux cynique. La dérision est l’arme fatale de la distanciation. Rien de réel ne peut la transpercer. C’est là, dans ces arrangements entre amis, que naît le cercle de la raison. Cette collusion d’esprits occupés à ne rien dire. Cette alliance objective d’ambitieux qui se jaugent toujours et ne se mouillent jamais. Il faut bien comprendre que c’est cette esquive permanente qui forme les hommes comme Hollande ou Macron.

S’il faut extirper de force la composante proprement politique de ces années de bringue, je dois creuser profond. J’ai bien le vague souvenir d’un discours (très applaudi) de Sarkozy venu défendre le “oui” au référendum européen. Badinter était passé aussi cette année-là, Strauss-Kahn enseignait encore, et Giscard d’Estaing avait bredouillé une conférence éprouvante. Les élections syndicales mobilisaient peu. Et même la crise du CPE (qui bloquait la France des universités) franchissait à grand peine les lourdes portes de la rue Saint Guillaume. Je me souviens avoir naïvement réalisé à cette occasion que l’école penchait globalement à droite. La direction de l’École se voulait progressiste et j’avais cru y voir une gauche sincère entreprendre l’intégration des milieux défavorisés. Mais c’était en réalité une gauche symbolique, qui remue un peu le bouillon sans jamais mélanger. Par sympathie pour le bonhomme, les étudiants réfractaires approuvaient du bout des lèvres les réformes de Richard Descoings. Il faut dire que les pelouses du 27 restaient largement garnies d’élégants et d’élégantes de tous les pays, et que les banlieusards intimidés ne faisaient pas de vague. Ils n’en font toujours pas.

Cette déshérence de la politique parmi les étudiants n’était que le reflet d’un enseignement vidé de sa substance idéologique. Jacques Généreux n’était pas encore le soutien de Mélenchon et s’échinait à conserver la sacro-sainte neutralité axiologique. Jean-Paul Fitoussi s’avérait décevant. Il fallait être très affuté (ou bigleux) pour détecter la moindre trace de socialisme dans le cours de Strauss-Kahn. A mon souvenir, seul un professeur ultra-libéral y allait gaiement sur l’engagement politique, au point d’être mal vu des étudiants pudibonds, pourtant portés à le suivre dans ses raisonnements macronistes avant l’heure.

Il faut dire que je suis sans doute tombé dans une période de relâchement conceptuel. Ces années sont celle de l’après 11 septembre. La géopolitique efface alors la politique intérieure. Le choc des civilisations supplante la lutte des classes. On continue de penser, dans le sillage de la fin de l’histoire, que l’atlantisme libéral et démocratique est en train de gagner la bataille. La fin de l’histoire signifiant naturellement la fin des idéologies. Peut-être même celle des idées tout court. En un mot, on se leurre dans les grandes largeurs.

De mon côté, je n’avais pas beaucoup évolué. Toujours enfermé dans mon vote raisonnable, j’ai dit “oui” au référendum. D’évidence. C’est dire… Mais comment se poser des questions quand personne ne s’en pose ?

HEC, la caste s’éclate

C’est donc HEC qui va me convertir au marxisme ? En un sens oui, dans un processus ironiquement dialectique.

Le campus de Jouy-en-Josas est sans doute le lieu de France le plus préservé du conflit politique, le plus éloigné de la lutte des classes. Jamais un pauvre n’y passe une tête. Ce n’est pas pour rien que le Medef y tient son raout annuel. Les patrons sont comme chez eux et en profitent pour faire coucou à leur fiston, autour d’un discours autocentré à base de “Nous, l’élite, nous devons prendre en charge le monde comme il va…”. Chez les étudiants, une seule classe y règne en maître, et n’a qu’un seul souci : boire cul-sec ses dernières années de liberté. Ce qui, il faut l’avouer, participe d’une ambiance familiale exceptionnelle. Si on est un être social à peu près normal, on ne peut pas ne pas apprécier ses années HEC.

Si Science Po est la mise à distance de la politique, HEC c’est la mort du Politique. Idéologiquement, on nage dans le consensus tacite d’une bourgeoisie qui ne se mélange pas et qui sait pourquoi elle est là : pour gagner la partie. En vérité, elle l’a déjà gagné, mais il faut bien distribuer les cartes. Et c’est à travers le jeu de rôle social et festif que la distribution se fait. Et même là, les dés sont pipés. Quand on creuse un peu, on sent déjà poindre, au sein de l’élite, les éternelles divisions des groupes humains. Au centre les insiders, les fils à papa, les riches pour parler crûment, qui ont toujours une place à part, vedettes avant les projecteurs. A l’autre bout, les parvenus, qui en font plus que nécessaire pour rentrer dans les rangs dorés. Le reste de la caste navigue tranquillement, et se fraye un chemin, par son charisme plus que par ses qualités intellectuelles, dans la hiérarchie interne.

Si l’on pousse un peu, l’enseignement de l’Ecole est tout entier concentré dans ces jeux de trônes. C’est ce qui fera l’essentiel du succès après la remise des diplômes. Car ce ne sont pas les cours de comptabilité générale ou les QCM de finance qui feront les bons partners en banque d’affaires. Ils sont là pour la forme, et les partiels sont une pause bien utile pour cuver entre deux pow.

De mon côté, il fallait enfin choisir une voie. J’avais face à moi l’horizon dégagé de la banque, du conseil ou, légèrement plus risqué, de l’entrepreneuriat. Et c’est face à ce choix si facile, que tout a commencé à vaciller. En stage, j’avais vu les buildings de la Défense et ceux de New-York. J’avais frémi de fierté, mais aussi d’horreur. J’avais vu les open-space et la médiocrité du powerpoint. Je voyais la grande tempête capitaliste et ses règles simplistes, m’emporter dans un processus mécanique de déshumanisation. La médiocratie était à portée de main, il suffisait de faire un pas supplémentaire. Seulement, je savais que pour gagner, il faudrait me compromettre. Pas vendre ma mère bien sûr. Pas même mentir ou trahir (quoique). La morale personnelle n’était pas encore en jeu. Mais compromettre mes lectures. Compromettre mes ambitions intellectuelles. Compromettre aussi le sourire de ma mère devant Mitterrand. Donc oui, en un sens, vendre ma mère.

C’est dans les années 2008-2009 qu’il m’a fallu choisir entre le conformisme confortable et le flottement embarrassant. La crise financière battait son plein. Elle m’a aidé à dire non. Alors seulement, je me suis embarrassé de réflexion politique.

Nature, culture et fin du monde

Comment devient-on anti-conformiste ? Il n’y a pas mille chemins. Il y a deux voies qui mènent à l’indignation. Ou bien on est exclu et l’on vit dans sa chair l’injustice du monde, ou bien il faut la vivre par l’esprit. Et pour cela, il faut du temps et de l’espace. Beaucoup de temps pour prendre beaucoup de distance. Il faut s’éloigner du monde. S’éloigner de son monde. Il faut sortir des routes tracées. Sortir de Paris. Il faut s’échapper de soi-même pour changer de point de vue sur notre jeu commun. Et accepter l’insupportable vérité pour un premier de la classe : les règles sont biaisées, elles doivent être corrigées.

Après HEC, j’ai fui la vie qui m’attendait. J’ai fui la banque, l’audit, le conseil, non sans regret. Il faudrait une psychanalyse pour en cerner les raisons profondes. Mais les faits sont là. C’est en sortant de ce piège trop alléchant que j’ai senti en moi la fracture du monde. Et l’aveuglement volontaire de ma classe. Il m’a ensuite fallu dix ans pour me construire intellectuellement et assumer totalement (est-ce que je l’assume vraiment aujourd’hui ?) mon engagement politique.

Malheureusement, ils sont peu nombreux ceux qui peuvent se permettre de ne pas courir avec les autres. De ne pas courir après les autres. Le temps, personne n’en a. Fatalement, on vote comme on nous dit de voter. Jusqu’à ces années de pauses, je n’avais de la politique qu’une approche télévisuelle ou clanique. Comme pour la plupart des français, même pour les premiers de cordée, c’est la famille, le milieu, ou TF1 qui vous dit quoi penser. La manipulation à grande échelle fonctionne pour tous quand on n’a pas envie d’y échapper. Il faut le souligner, Internet a changé la donne. YouTube fut ma troisième Grande Ecole. Et puis les livres bien sûr. Thomas Piketty a corrigé Jacques Attali. Olivier Berruyer a rectifié Alain Minc. Alain Deneault a redressé Christophe Barbier. Mes éclats de lectures de prépa ont réémergé, avec un sens tout neuf, plein de chair : un sens appliqué au réel. Alain Supiot a réactivé Simone Weil. Didier Eribon a ravivé Bourdieu. Frédéric Lordon a réveillé Spinoza. On n’en sort pas indemne.

Et finalement, si rien d’autre ne vous touche que vous-mêmes, si la générosité sociale ne suffit pas, l’argument écologiste devrait convertir le plus capitaliste des traders. Albert Jacquard dans sa simplicité décille efficacement sur le destin du monde. Jancovici remet le pétrole à sa place. Paul Ariès a quelque chose à vous dire. Et puis, lisez Le Monde Diplo, regardez Cash Investigation, suivez Fakir sur Twitter, abreuvez-vous aux sources qui ne sont pas encore taries par le divertissement de masse.

Je suis persuadé qu’on ne peut pas éviter l’indignation après cette cure de jouvence. On ne devient pas forcément Insoumis, mais indigné à coup sûr. Mes convictions ne viennent pas de nulle part. Entre l’image joyeuse de Mitterrand et mon engagement douloureux, il a fallu une longue rééducation, un long flottement qui aurait pu finir à Wall Street plutôt qu’à Nuit Debout. Je viens de là. Les Gilets Jaunes aussi viennent de là. D’un espace nouveau où la soupe dominante ne prend plus. Les questions politiques ne peuvent plus être mises de côté. Les questions qui fâchent doivent être posées clairement, avec courage. Le débat doit reprendre avec honnêteté, sur tous les sujets. Et il aura besoin de ceux qui, préservés de l’indignation viscérale, ont dû faire ces expériences de pensée, ce détour inconfortable mais fructueux. La démocratie, la justice et l’écologie sont en jeu, et notre indifférence n’est plus une option.

 

4 réponses

  1. Peyrat dit :

    Je découvre l’existence de ce site par la mention d’un groupe d”indignés” par Régis Portalez dans son interview sur le Média avec Aude Lancelin. J’ignorais l’existence d’un tel groupe. J’ai naturellement voulu savoir de quoi il en retournait et, de fil en aiguille, je suis tombé sur votre témoignage, celui d’un homme pris au filet de sa propre quête de vérité. Je ne suis pas du tout d’accord avec la citation de Lordon en exergue du site : le sens du sacrifice de soi, et la capacité à pardonner me semblent d’une manière générale bien plus émouvants que le récit du “défrocage” d’un cadre supérieur ( il est vrai que ce sont là des qualités bien trop chrétiennes pour un Lordon) . Cependant votre témoignage plein de verve est d’une très grande pertinence et fait souvent mouche. Il est d’autant plus précieux que vous avez subit un double lavage de cerveaux (Sciences Po + Hec). Je ferais seulement quelques corrections mineures : je ne suis pas certain qu’ “HEC soit le lieu le plus éloigné de la lutte des classes”. La préparation au rôle de futur dirigeant d’entreprise oblige à un minimum de lectures en sociologie des organisations où la question de la lutte des classes n’est pas absente. En ce sens ce serait plutôt l’ENA qui serait l’école la plus éloignée des réalités du monde du travail. Autre point : lorsque vous écrivez “Il faut s’échapper de soi-même pour changer de point de vue sur notre jeu commun”, je serai plutôt porté à écrire qu’ “il faut se retrouver soi-même” pour changer de point de vue. En vérité et vous l’écrivez vous même en insistant sur la prégnance de l’atavisme familial, il faut souvent s’échapper du milieu familial pour se retrouver soi-même. Je préparais le concours d’HEC l’année de l’élection de Mitterand. Ma mère m’a raconté que mon père ( dentiste confortablement installé) avait eu la larme à l’oeil en apprenant la nouvelle de l’élection de Mitterand. La raison selon ma mère ? Il avait peur que les socialistes alliés aux communistes lui piquent ses économies. De la révolution d’octobre 1917 à la chute du mur de Berlin les capitalistes ont joué à fond la peur du communisme pour maintenir la petite et la grande bourgeoisie dans un état de peur permanente. Ce à quoi nous assistons depuis la chute du mur de Berlin c’est l’invention de nouvelles peurs de substitution, afin de maintenir les inconscients en laisse !

  2. D dit :

    Merci pour votre message. Ne venant pas souvent sur le site, je viens seulement de le découvrir.

    Il est très juste et je n’aurais pas grand chose à y ajouter.

    Un point seulement sur HEC et ma sentence un peu abrupte, je l’admets.
    C’est la situation géographique et la forme de Campus qui me fait dire qu’il n’y a rien de plus protégé du monde et de la lutte de classe que cette école. Evidemment, l’ENA supporte largement la comparaison… Toutefois, je serais moins “optimiste” que vous sur l’intérêt que prêtent les étudiants aux lectures sur la sociologie des organisations. Par un miracle qu’il faudrait analyser en détail, HEC parvient à soustraire l’entreprise du XXIe siècle à tous les combats sociaux dont elle a été le coeur. Tout est fait pour éviter le potentiellement subversif et pour déréaliser le travail. Même le mot “salarié” est éludé. Les conditions de travail, le concept de subordination, les syndicats n’existent plus dans les manuels de management. On ne parle plus que de capital humain et de ressources à valoriser.
    Comme à plus grande échelle, le travail pédagogique est parfaitement dosé pour “maintenir les inconscients en laisse”.

    Au plaisir de vous lire ici ou ailleurs.

  3. denis Peyrat dit :

    Je me permets de rebondir sur votre réponse. Il est vrai que la sociologie des organisations n’intéresse que peu d’élèves. C’était plutôt des UV choisis par les étudiants “de gauche”. Je suis d’accord avec vous sur l’absence sidérante de pensée critique dans ces écoles. Les enseignements étaient, au début des années 80, affligeants d’orthodoxie néo-libérale. Toute la littérature de référence était américaine ( exemple : je n’ai entendu le mot “ordolibéralisme”, d’origine allemande, une seule fois pendant mes études). Ceci étant la bibliothèque de l’école recelait tout de même quelques pépites : aussi improbable que cela paraisse, c’est là que j’ai découvert Ivan Illich (et son fameux Nemesis médicale) qui fut ma première “révélation” politique (en réalité révélation politique et révélation médicale), Chomsky, des auteurs antipub importés des USA dont les noms m’échappent, et un économiste français bouddhiste original qui rejetait (déjà) l’intérêt des seuls indicateurs macroéconomiques et semble avoir complètement disparu de la circulation : Serge Christophe Kolm (son nom n’apparaît nulle part…). Celui qui gardait l’esprit éveillé pouvait donc trouver matière à nourrir sa réflexion et son esprit critique durant ses études à condition toutefois de chercher l’eau vive en dehors des salles de cours.
    Vous pouvez me lire sur le site de l’ADECOPRO. Cordialement

    • Des témoignages que nous avons reçus, cela n’a semble-t-il pas énormément changé, concernant l’orthodoxie néolibérale. On serait curieux de connaître le taux de consultation des ouvrages hétérodoxes dans les grandes par rapports aux ouvrages de la théorie classique. Merci pour votre commentaire.

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