Solidarité, j’écris ton nom

Orpéa.

Le monde solidaire et à impact s’étrangle devant les « révélations » de Castanet.

Tout le monde livre son constat et propose une analyse de fond.

Saddier, Président du Crédit Coopératif, Président de l’Avise, ancien conseiller de Hamon ministre de l’ESS (Economie Sociale et Solidaire), responsable de mutuelle, un chantre de l’ESS quoi, s’indigne : pratiques odieuses, témoignant du ressort profond des EHPAD, à savoir la financiarisation, en l’occurrence la Bourse. Saddier, spécialiste du care et des personnes fragiles est révolté en découvrant que l’eau chaude est chaude. Est révolté par la Bourse qui tue les EHPAD. Ne dit quand même pas un mot d’un des pionniers de la finance solidaire détenant 4% d’Orpéa. Mais nous y reviendrons. Saddier est tellement ému que le couperet tombe, implacable : ce scandale est la preuve qu’il faut réformer le label ISR (Investissement Socialement Responsable)…

A mon tour d’être ému devant une telle radicalité. Heureusement qu’on peut compter sur de tels visionnaires pour transformer nos économies vers l’Economie de Demain. Ca crève en EHPAD, le cul des petits vieux n’est pas torché le 20 du mois, le bout de pain a rétréci jusqu’aux miettes pour serrer les coûts afin d’assurer la rentabilité indécente rendue possible par l’argent public (une grosse partie des revenus des EHPAD est assurée par la Sécu et les départements). Mais Saddier propose de réformer le label ISR pour arranger les choses. Pauvre Saddier. Il a dû oublier que ses propres équipes, devant le scandale de la financiarisation de la santé et du médico-social, fourmillaient d’idées pour soutenir les acteurs ESS à but non lucratif. Il a préféré, en égrenant son espèce de chapelet qu’il aimait avoir en réunion pour se donner une cool attitude (ce qui devait l’empêcher d’écouter ce qu’on lui disait) suivre la stratégie de sa DG de l’époque, qui entre deux coups de sulfateuse bien au chaud dans son carré HermESS, lançait : « à quoi ca sert, vous ne ferez jamais mieux que Korian ». Visionnaires, je vous dis.

Heureusement, quand on ne peut pas compter sur les pontes de l’ESS, on peut avec confiance se tourner vers les acteurs de la finance solidaire. Quand Saddier veut réformer le label ISR, Zaouati, toujours bon pour lancer de grands poncifs plein de bons sentiments, à la tête de Mirova, l’un des plus gros collecteurs d’épargne salariale solidaire en France, tire enfin les leçons de ce scandale dont il n’était pas au courant. Car il n’est jamais facile d’avoir du courage, du vrai courage, pour investir avec sincérité dans l’impact, quand on peut se voiler la face pour sécuriser une partie du rendement à délivrer. Le care est un vrai business, hyper rentable et pérenne : un EHPAD, vu qu’il en manque beaucoup dans notre société qui fait mourir ses seniors en établissements spécialisés, c’est très cash flow predictable : taux de remplissage au taquet, revenus stables (merci la puissance publique), hébergement vendu aux familles avec plein d’options pour compléter le prix fort. Le prix à payer pour se rassurer face à la mort sans s’en occuper. Sauf qu’il n’y a pas d’options, quand on refuse à ses propres soignants des moyens. Zaouati tire donc, lui, enfin, les leçons de ce scandale : non pas donner des moyens, non pas repenser le modèle de santé. Non, il franchit une marche haute : transformer Orpéa en société à mission. Car les parties prenantes seront bien évidemment les garde-fous devant la cupidité des actionnaires… Et ne surtout pas vendre ses actions Orpéa. Car c’est un actionnaire responsable. Tellement responsable et professionnel qu’il a fait de sacrées due diligences avant d’investir. Peut-être s’est-il en fait contenté de vérifier que des fonds éthiques et sociaux, fonds de pension canadien CPPIB ou BlackRock en tête, étaient intéressés par l’entreprise. Champion.

Pour les chantres de la solidarité il n’existe pas de problème structurel qui ne trouve sa solution dans un label plus responsable. Quand vous mettrez vos parents en EHPAD ou vos enfants dans une crèche cotés en bourse, pensez à vérifier qu’ils adhèrent bien à toutes les chartes éthiques et équitables.

 

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