Le Père-Noël est indécent

Lors de l’interview de dimanche 15 avril au soir, le talent rhétorique du Président Macron n’a pas été en mesure de masquer l’un des principes structurants les plus dramatiques de sa pensée: la confusion entre les talents et les riches. Il faut selon lui tout faire pour que la France reste attractive financièrement, sous peine que les talents ne fuient le pays. Parmi les talents qui fuiraient se trouvent bien entendu les deux figures tutélaires de la modernité: l’entrepreneur et le détenteur de capital, le premier pouvant être atteint de fuitomanie à compter du moment où il rejoint la seconde catégorie, ce changement de statut intervenant très souvent après une période de plusieurs mois au cours de laquelle son talent a été financé généralement par Pôle Emploi et/ou papa. Le désir de fuite se comprend donc aisément, il faut tuer le père, bien évidemment, et par là même la collectivité qui, grâce aux honteuses cotisations sociales, lui a versé le chômage, lui permettant de mettre au point une appli disruptive totalement inutile à la société (mais c’est pas grave, le type est talentueux).
Mais le plus cocasse est à regarder du côté du détenteur de capital. Notre Président semble en effet oublier deux choses: l’investissement des plus grandes puissances privées est en grande partie improductif (elles achètent des actions d’entreprises) et ces grandes puissances privées sont pour la plupart déjà parties de France, ce qui rendra finalement leur départ moins douloureux.
Je me souviens par exemple que dans mon fonds précédent, la moitié de l’Advisory Board habitait Bruxelles. Signe du destin, j’apprenais récemment que les membres de mon ancienne équipe étaient allés faire leur séminaire en Laponie: au programme, moto neige, chiens de traîneau, et chasse au Père-Noël. Même s’ils sont vite rentrés en France, ayant compris qu’il y était plus facile à dénicher.
T.

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