Lean manager et gilet jaune

Nous rencontrons aujourd’hui une infiltrée qui, après avoir flirté un instant avec les comités Macron, a rejoint les gilets jaunes avant même le 17 novembre 2018 et connait depuis un réveil politique accéléré. 

 

Peux-tu nous parler des comités Macron que tu as rejoint brièvement lors de la dernière campagne présidentielle ?

3000 comités Macron ouverts sur toute la France et organisés par des personnes de bonne volonté, chez eux pour la plupart, qui accueillaient gentiment d’autres personnes motivées pour un grand changement de politique. C’était un peu comme avec vous, mais organisé par les sponsors de Macron. Je suis incapable de me souvenir de quelle manière j’ai pu entrer en contact avec eux. Ma seule motivation était la même qu’aujourd’hui : un changement profond de société.

Et comment s’est passée cette expérience ?

Nous avions des listes de sujets à traiter au cours de ces réunions et devions remonter les résultats de nos réflexions à un organe central. Les participants étaient plutôt jeunes et brillants, un peu comme vous tous, imaginant que leurs actions amèneraient un monde nouveau et plus juste. J’avais les mêmes envies, et j’ai même distribué des tracts.

On nous disait qu’il n’y avait pas d’argent pour monter ces groupes de réflexions et que nous devions nous débrouiller par nos propres moyens.
L’explication était simple : Macron monte un nouveau parti donc c’est normal qu’il n’ait pas de budget.

J’ai très rapidement compris l’arnaque : d’une part le manque de moyens qui permet d’avoir de la main d’oeuvre à bas coût et puis ces sujets d’ateliers qui devaient permettre de construire le programme de Macron et qui au final étaient des questions très fermées (un peu comme les questions du “grand débat”).

Donc, je les ai quittés au bout de 2 séances en expliquant que je pensais que c’était un marché de dupes, et que je sentais que Macron se servait juste de nous à bon compte.

La suite m’a donné raison… au-delà même de ce que j’avais imaginé.

Un an après, j’ai rejoint les gilets jaunes et mon avis ne s’est jamais démenti…

Quand as-tu rejoint les gilets jaunes ?

J’ai été gilet jaune de la première heure puisque j’ai rencontré Eric Drouet le 10 novembre 2018 sur le parking du Leroy Merlin de Bay2 à Collégien (77). Eh oui cela a commencé comme ça : sur un parking de supermarché sous une pluie battante. Nous étions une vingtaine de révoltés et je me souviens encore du Directeur du Leroy Merlin venant nous demander s’il devait fermer son magasin le 17 novembre. Cela prête à sourire maintenant après toutes ces nombreuses semaines de gilets jaunes, mais à l’époque cet engouement pour ce mouvement effrayait.

À part la brève et désastreuse expérience des comités Macron, je ne m’étais jamais vraiment intéressée à la politique, sinon de loin en loin, pas syndiquée, ne lisant pas de journaux ni regardant les chaînes de TV en continue. Pourquoi cette prise de conscience soudaine ? Je ne sais même plus. Et je me découvre depuis cette date très politisée, très passionnée, très révoltée contre cette injustice criante et ce hold-up de notre pays par nos élus.

Je regarde maintenant LCI en boucle pour m’informer, et surtout détricoter ce qui s’y dit pour savoir comment contrer ces propos fallacieux qui y sont débités en boucle. C’est drôle, car certains se lâchent parfois et cela fait un bien fou d’y entendre un peu de vérité. Et puis les députés LREM y sont tellement médiocres que cela me rassérène. Comment ont-ils pu être élus ? C’est le mystère le plus total.

Pour revenir au début du mouvement, j’ai participé à quelques manifs à Paris avec des amis jusqu’à début janvier 2019. Nous y allions bon enfant, nous trouvant légitimes de revendiquer nos droits, sereins… jusqu’à une nouvelle prise de conscience : ce qui se racontait à la TV ne correspondait pas du tout à ce que nous vivions sur le terrain. Et s’ensuivit pour moi une frénésie de recherches d’informations pour comprendre… qui ne s’est jamais tarie jusqu’à ce jour. En un an j’en ai appris plus sur notre pays et ses travers que durant tout le reste de ma vie, alors que j’ai 58 ans.
Quand j’ai vu Eric Drouet en particulier, ce garçon simple, calme et juste, se faire lapider sur les plateaux TV, j’ai compris que quelque chose ne tournait pas rond.

Le deuxième choc fut la prise de conscience des violences policières qui m’ont fait suffisamment peur pour ne plus aller manifester, mais ont alimenté ma rage contre ce gouvernement, une rage qui ne s’éteindra plus jamais, tout comme les éborgnés ne verront, eux, plus jamais. L’injustice est devenue mon fer de lance et je ne lâcherai jamais.

Depuis un an, j’ai créé un groupe WhatsApp d’information, je fais de la vulgarisation de ce qui est majeur dans ce hold-up de notre pays pour tenter de convaincre sur Facebook. Je me fais insulter parfois, mais je continue inlassable. Si un seul de nos concitoyens ouvre les yeux, c’est un de plus qui nous rejoint.

Je rêve d’un autre monde, que la finance soit renversée pour que nos enfants ne crèvent pas la bouche ouverte pour du pognon. Je gagne bien ma vie mais je rejette en bloc ce système pourri jusqu’à l’os et je suis motivée pour trouver des solutions avec vous.

Vous êtes mon dernier espoir d’un monde meilleur.

Une réponse

  1. Français Libre dit :

    Bravo pour votre témoignage. On devient nombreux. Je vous rejoins entre beaucoup de choses, aussi sur le passage concernant eric drouet. Le mépris dont lui, jerome rodrigues et maxime Nicolle sont les victimes, est juste nauséabond. Ces trois là, et beaucoup d’autres, ont apporté de l’energie et du lien au mouvement des giletsjaunes, ils ne lâchent rien et ont su évoluer, comme nous tous d’ailleurs, en s’interessant à la politique. Ils n’ont à rougir de rien devant personne. Et certainement pas devant certains de nos concitoyens de la bourgeoisie, qui moquent leurs fautes d’orthographe, mais votent avec leurs pieds et croient servilement ce qu’on leur dit à la télé.

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