Demain c’était hier

Il y a quelques jours, à l’occasion des « universités d’été de l’économie de demain », paraissait dans la Tribune un article du collectif #NousSommesDemain : « Entreprises, il est temps de passer de la parole aux actes ! ». Encore un appel qui comporte presque tous les éléments d’un naufrage de la pensée et de l’engagement.

D’une certaine façon, le seul crédit que j’octroyais aux membres du Collectif tenait en l’absence des médias et des politiques à leur évènement. Car c’est toujours bon signe quand la macronie politique ou médiatique vous fuit. Mais devant cette marque de défiance, ils se sont contentés de geindre capricieusement en ne comprenant pas l’affront qui leur était fait. Ce qui devrait faire leur fierté les attriste.

Cette attitude grotesque est révélatrice de ce qu’ils sont : des clowns, qui passent leur temps à gesticuler sur des estrades en détournant le sens des mots pour se rêver en ce qu’ils ne sont pas. Car ils sont hier, ils sont l’économie d’hier, ou plutôt ils sont le laboratoire de ce que l’économie d’hier sera demain pour se préserver.

Leur novlangue est celle de ceux qu’ils se disent critiquer : développement durable, transition écologique, inclusion dans l’emploi[1], dépassement des chapelles…

Leur méthode est celle des communicants modernes : on balance du label pour faire joli – bio, équitable, made in France, circuits courts, économie circulaire -, on balance malhonnêtement du chiffre qui ne veut rien dire – l’ESS (Economie Sociale et Solidaire) représente bien 10% du PIB, mais avec Leclerc, le Crédit Agricole, le Groupe BPCE inclus dedans… sans ça, c’est 3%.

Leur idéologie est celle du monde passé : le capitalisme et ses fondements de concurrence et de compétition. A cet égard, ils ont peur que la France perde son « temps d’avance », ils pensent que les entreprises doivent prendre leurs responsabilités pour garder intacte leur capacité à attirer les jeunes talents, à renouer avec la confiance des consommateurs, à investir de nouveaux marchés…

Lutter implique des traces violentes sur le corps et l’âme. Qui a vraiment lutté, chez ces « pionniers de la convergence des luttes » comme le chantre Bardeau les a nommés dans son discours d’ouverture, auprès du peuple, ne serait-ce que dans les derniers évènements passés ? Je refuse de m’attaquer personnellement aux individus signataires car je les crois, d’une certaine façon, victimes systémiques d’une société qui ne tourne pas rond. Mais quelques exemples : Alenvi, détenu par ses fondateurs qui lèvent des fonds sur de belles valorisations, n’est pas l’association Buurtzog des Pays-Bas ; Tenzig bénéficie de la présence de Thibault Guilluy, figure de l’insertion et proche de Macron ; Jean-Marc Borello lui aussi défend avec vigueur la politique libérale menée par celui qu’il appelait « Manu », du temps de Bercy ; Hugues Sibille croit encore qu’il suffit d’interpeller Le Maire sur Twitter en lui vantant l’ESS pour que ce dernier en fasse la politique économique de l’Europe.

Mais comment peuvent-ils nous prendre autant pour des imbéciles ? Pas un mot sur les structures capitalistes de production profondément inégalitaires (sans blague), pas un mot sur les nécessaires décroissance et déconsommation pour préserver nos ressources naturelles, pas un mot sur les chômeurs, leur souffrance, réduits à des gens à insérer dans l’emploi. Ce n’est pas avec leur transparence et leur éthique qu’on va faire avancer les choses. Ce n’est pas en se gargarisant sur scène qu’on va changer le monde, comme ils disent. Leur impact positif martelé à toutes les sauces me donne la nausée, et je vomis leur médiocrité.

T.

 

[1] Avec des efforts sans précédents permettant de doubler le nombre de personnes en insertion d’ici la fin du quinquennat !!! Soit… 100 000 personnes de plus, à comparer aux 5 M de chômeurs

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